25 janvier 2007

Sueurs froides

Jour de fête ! C’est jour de fête ! Tu viens de finir ton cours, ta journée est bouclée, t’as une crève du tonnerre et tu vas enfin pouvoir rentrer chez toi pour te coucher …au moins 20 minutes, si tu négocies bien ton planning de l’après-midi !

Tu fermes consciencieusement la salle de cours.

Et là, tu réalises que tu y es encore, dedans, et qu’en plus tu viens de casser ta clef (encore !) à l’intérieur …

Donc, si nous analysons finement la situation, tu viens de t’enfermer avec 5 ou 6 de tes étudiants (acte manqué ???) dans une salle de cours située au fin fond du couloir …

Haute voltige ! Tu ne l’avais pas encore faite celle-là !

Eux, te connaissent, il y a longtemps qu’ils ont compris que même les foudres de littérature ont leurs faiblesses…

Ils rivalisent de démonstrations chevaleresques. C’est à celui qui va réussir à retirer cette clef. Tu lances quelques remarques littérairement trouvées sur Excalibur dans son socle …Mais aucun ne s’appelle Arthur et l’épée reste bien dans la serrure !

Tous te sourient gentiment pendant que tu essaies d’ouvrir une fenêtre par laquelle tu espères pouvoir appeler l’aide des services techniques ! _ Peut –être qu’avec un portable ce serait plus simple … te proposent-ils _ Exact !

Aurais-tu perdu ton sens de la répartie ?

Au fond, tu n’es pas méchante et tu les fais rire : ils t’aiment bien …

Le temps que tu retournes sac et cartable et l’un d’eux te demande si, par le plus grand des hasards, la porte de secours ne fonctionnerait pas avec une autre clef …

C’est là que tu te souviens qu’il y a bel et bien une porte de secours (Mais, d’ailleurs, pourquoi est-elle fermée ? C’est un non sens !).

Effectivement, tu possèdes une autre clef pour la porte de secours. Il suffit juste de la détacher de ton trousseau qui pend lamentablement à l’autre bout de la salle, dans l’autre serrure …Quelques allées et venues picaresques suffiront à régler le problème.

Et voilà ! Entre Mac Gyver et l’Agence Tout Risque, il y a … Betty Neuneu, le chaînon manquant …

Fin du premier acte

Tu y repenses, dans le train, et ça te fait sourire cette histoire ! Emmitouflée dans ta parka d’Esquimau, que tu ne quitteras que lorsque tu seras arrivée à destination, tu essaies de faire croire à ton corps qu’il ne grelotte pas. Un bon grog et au lit ! Tu n’en peux plus ! Sueurs froides.

Mais ça te fait vraiment rire cette histoire …

Bien sûr, tu n’as pas remarqué que les deux greluches assises en face de toi, quelques rangées plus haut, prennent pour une franche insulte, une provocation au premier degré …tes départs de fous rires …

Bien sûr, perdus dans ta capuche, personne ne peut remarquer tes écouteurs …Donc, tu n’entends pas leurs réflexions, donc elles sont à cent lieues de s’en douter et toi, perdue dans CREAM, de Prince, que tu te passes en boucle, tu continues de pouffer gentiment. Et puis, t'as rangé tes lunettes dans leur étui depuis belle lurette et t'es myope comme une taupe ...

Tu commences à te réchauffer, t’as fini ta journée, t’es bien …Oh, oui, t’es bien …Le bonheur, ça tient à peu de choses…

Tu mettras quelques temps à comprendre pourquoi soudain elles se ruent sur toi …Le temps que tu retires tes écouteurs : Ah ! ça va mieux ! Apparemment, elles n’ont pas autant d’humour que tes étudiants …

Bon, là-dessus arrive le contrôleur : « Vérification des titres de transport ! » Magnifique périphrase, somptueux euphémisme ou triste terme générique ?

C’est là que tu t’aperçois que tu as tellement bien retourné ton sac tout à l’heure, à la recherche de ton portable, que le dit titre de transport n’est plus à la bonne place … Mort au trousseau !

Simultanément, une autre pensée te traverse : as-tu récupéré les autres clefs de ton trousseau ? En d’autres termes, pourras-tu rentrer chez toi ?!!

Tout ça sous l’œil vainqueur des deux greluches, trop heureuses d’agiter fièrement leur ticket sous le nez du contrôleur.

Bien sûr, le train commence à ralentir : c’est ta gare la prochaine ! Tu vois subrepticement un drôle d’aéroplane poursuivre Gary Grant dans un champ …Là, juste à côté de toi …Tu aimerais bien discuter filmologie avec le contrôleur, mais il manque, lui aussi, singulièrement d’humour …C’est vrai que tu viens de retourner, à ses pieds, le contenu de tes sacs …de l’agenda à la nana, de ta collection de fèves à tes lots de mouchoirs usagés, de tes boules de gomme à tes meilleures blagues carambars, des poèmes que tu griffonnes au dos de tes abonnements TER …

Ah ! Le voilà !

Evidemment, t’as retardé tout le monde …Tu ramasses tes affaires pendant que ton nez se souvient que t’as un rhume affreux. T’aimerais bien sortir un mouchoir mais tu sens des regards lacérer ton dos …Ok, c’est pas la journée rêvée pour rencontrer Nicolas Cage …

Tu te retrouves sur ton quai de gare : sacs, parka, MP3 et cheveux en bataille, à fouiller désespérément tes poches pour trouver un mouchoir correct …Tu te trouves tellement minable que …c’est incontrôlable, t’éclates de rire.

Evidemment, la mine scandalisée des deux greluches scotchées à la vitre (Ouf ! Elles ne sont pas descendues !) n’arrange rien à ta crise d’hilarité …

Bon, la prochaine fois qu’elles te rencontreront, tâche d’avoir dans tes affaires une perruque blonde et des lunettes noires …quant au contrôleur, pour lui, c’est clair, il t’attachera à la proue de son train …

Une sensation certes intéressante à vivre, mais il faut que tu te l’imagines et là …la perspective de gober les moustiques déclenche déjà chez toi un autre rire …

Peut-être faudrait-il songer sérieusement à prendre ta voiture ?

Au fait, qu’ai-je fait des clefs ?

Posté par Neuneuland à 16:35 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Sueurs froides

    Tranche de vie tellement vraie...On a tous une Betty Neuneu en nous!

    Posté par Lolotte, 04 mars 2007 à 05:51 | | Répondre
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